Συμμετοχή σε Συνέδρια

2003 Leuven

Marie dans la tradition Orthodoxe.

Leuven, 20 septembre 2003

Evêque Athanase d Achaie

Le culte de la Mère de Dieu a toujours été en honneur chez les chrétiens d Orient et constitue même un des traits caractéristiques de leur spiritualité. Il ne suffit pas pour expliquer le fait de renvoyer uniquement à la mentalité plus sentimentale des Orientaux. Cette explication arriverait jusqu à comprendre les vers d Arthur Rembaud de son poème qui s intitule Chanson de la plus haute tour écrit en mai 1872: Ah! Mille veuvages de la si pauvre âme qui n a que l image de la Notre-Dame! . La raison est, je pense, plus profonde et tient à ce que la Théotokos répond bien aux traits essentials de la spiritualité orientale. Les fidèles chantent aux vêpres de la fête de l Annonciation l expression condensée d une foi basée sur le récit évangélique (Luc 1, 26-38) et la tradition: Au moment de te dévoiler le dessein antéséculaire, ô jeune fille, Gabriel se dressa devant toi pour te saluer et il proféra: -Salut, terre non ensemencée! Salut buisson non consumé! Salut, abîme difficile à considerer! Salut, viaduc du ciel, échelle sublime que Jacob contempla! Salut, jarre divine de la manne! Salut, délivrance de la malediction! Salut, rappel d Adam! Le Segneur est avec toi! Tout ça orné d arabesques verbales et d exclamations, caractéristiques du lyrisme byzantin, qui sont autant d idées inspirées par l histoire sainte et la théologie, sans divorce entre la vision mystique et l intellectuelle.

Sous l aspect anthropologique de cette spiritualité, Marie apparaît comme l être le plus ressemblant à l Image divine parmi tous les humains, et par consequent celle en qui on peut contempler Dieu entrer dans la vie humaine et voir un modèle d imitation. On note qu arpès l icône du Christ, qui est pour nous un rappel constant de son Incarnation, l icône de la Mère s impose tout naturellement. N est-elle pas le plus beau joyau de l humanité, le stade ultime de la deification de l homme? Proclamée Mère de Dieu par le concile d Ephèse en 431, elle ne pouvait l être qu à la suite d une formulation du Christ vrai Dieu et vrai homme . Les icônes de la Vierge à l Enfant si fréquentes et tant prisées des iconographes et des fidèles témoignent de ce mystère. Elles assurent souvent parallèlement le patronage d une église, d un monastère ou d un peuple entier. Elle est l image parfaite de l humanité et aussi celle de la nature transfigurée par la lumière divine qui repose sur la pureté humaine. C est pourquoi l icône de la Mère portant l Enfant représente-t-elle par excellence la Déi-Humanité; et c est bien à cette réalité théanthropique que le culte est rendu par les Orthodoxes.

Sous l aspect eschatologique Marie est la dernière et pleine divinisation d une personne humaine après le Christ. À cause de cette divinisation la tradition Orthodoxe attribue à Marie la gloire divine, c est à dire elle est comme la limite entre le créé et l incréé. Sa proximité de Dieu au sein du Royaume fait bien de Marie ce microcosme ecclesial et, ensemble, cette église plus vaste que les cieux , que la liturgie s est complue à nous décrire. En ce sens, l on peut dire qu au sommet du créé, dont elle est le fleuron, la Mère de Dieu représente au plan humain l archétype même de la réalization théanthropique.

Dans la spiritualité ecclésiologique le culte marial se justifie par la tradition et par le sentiment de fidélité du peuple de Dieu. Le 8 septembre, l Eglise célèbre la naissance de la Vierge; le 15 août son assomption. Ainsi, la division annuelle du temps ecclesial- qui va du 1er septembre au 31 août dès le premier concile oecuménique- s ouvre et s achève par la Mère de Dieu. La Mère de Dieu est le modèle de tous les saints. Elle est la première avec tous les saints devant le Maître du vignoble, en champions de la fidélité des hommes dans leur recherche de la vérité et aussi en témoins de la grace agissante du Créateur envers le créé, afin de continuer leur action orante et leur intercession auprès de Celui-là pour celui-ci. Ce sentiment de fidélité du peuple de Dieu s exprime magnifiquement dans l icône de l Eleoussa, qui signifie miséricorde et tendresse. Dans cette icône l intimité des rapports entre la Mère et l Enfant s exprime avec force. Le corps plaqué contre celui de sa Mère, joue contre joue, l Enfant semble chercher refuge auprès de celle qui entrevoit déjà la Passion. Elle l enveloppe de son affectueuse et maternelle protection.

L Orient est contemplatif. En tant que la plus ressemblante Marie se présente au people comme icône, l exemple à regarder, à contempler. Elle est en outre (ainsi que Jean-Baptiste) la première haussée au faîte de la theoria, c est à dire elle a vu Dieu, le Logos sous son humble apparence corporelle. Le Christ fut enfanté sans semence par Marie. Un stichère à laudes de matines de la fête de la Dormition de la Mère de Dieu dit: Toi seule, par ton Enfant, tu as uni la terre au ciel . Jesus accomplit cette union de la part de Dieu, de haut en bas. Marie l accomplit de la part hunaine, de bas en haut. C est la realization par la maternité de l union liturgique et réelle de l Epoux et de l Eglise. Elle est ici figurée par l union de la terre et du ciel. C est la prophétie vivante, actualisée, de ce qui va s accomplir à la fin des temps et qui va suivre la bonne nouvelle, valable pour l éternité, annoncée par un ange.

Par la contemplation le Logos, né de sa chair, reste à jamais dans son Coeur comme l illustre l icône de la Vierge-orante avec le Verbe divin sur son Coeur. L Enfant est représenté dans un médaillon sur le sein de sa Mère . Mystérieusement suspendu, il semble échapper aux lois de l attraction terrestre. Le Dieu que l univers ne peut contenir est circonscrit dans le sein de la Vierge. L allusion au passage du prophète Isaïe est évidente: C est pourquoi le Seigneur vous donnera un signe: voici, la jeune femme vierge et enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera la nom d Emmanuel (Is 7,14), qui veut dire Dieu avec nous. On voit que le visage de l Enfant est celui d un adulte au grand front rempli de sagesse. Il tient en general le rouleau des Ecritures et bénit de la main droite. La Vierge lève les bras dans un geste de prière et d adoration. La prière de Marie participe donc à la puissance de Dieu. Elle est un recours et une force souveraine pour le salut des chrétiens. Dans ce sens on chante aux matines de la fête de la Dormition (aux odes): Reçois de nous ce chant d exode, ô Mère de Dieu, vivant, et couvre-nous de ta grâce divine qui porte la lumière; donne aux amis du Christ la paix, à ceux qui te chantent le pardon et le salut de leur âme (9e ode). Car tu t en vas, les mains levées, ces mains avec lesquelles tu as porté Dieu dans la chair (8e ode).